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poésie

TulipesSi au Japon, les symboles des saisons sont le chrysanthème, le prunier, l’orchidée et le bambou, qu’en est-il de la tulipe ?

Courte sur pieds, elle est au prime abord sobre et austère, toute absorbée en son mystère. Puis peu à peu elle s’amadoue, laisse tomber ses voiles, un à un, pour finalement finir radieuse et offerte.

Corolle calice
Pétales pistils
Ô monde merveilleux
« si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot”.

Et sans elles, un tableau noir, un champ vierge que l’artiste n’a pas encore visité.

pommeLe matin de lait,
Le midi d’ivoire
Le soir de sagesse

Blanches ou jaunes
De peur
De froid
D’envie

Toujours bien armées,
Jamais sans.

Durs
Eclatantes
Nourriture
Terrestre

Tantôt
grincent
Tantôt
Claquent
Tantôt
Rayent

Ah, si les poules savaient.

Mexico 19Mon pays se décline avec l’alphabet,
Au printemps latin, en hiver cyrillique

Mon pays est une forêt fantastique
Faite de signes, lianes entrelacées

Mon pays parle à travers les cultures
Celles dont l’esprit curieux s’ambitionne

Mon pays habite voyelles et consonnes
Un monde conçu tout à sa mesure

Mon pays ne connaît pas de frontière
Aucune limite et aucun barrage

Mon pays se lit comme au fil des pages
Un livre ouvert sur celui de nos pères

Mon pays se décline en couleurs,
Sous le soleil ou dans la blancheur enneigée

Mon pays n’est un lieu, ni présent, ni passé
Mais une belle construction sans demeure

Mon pays parle dans des langues sonores
Qui tissent un feuillage dense et cher

Mon pays habite fluide dans les airs,
Un territoire avec faune et flore

Mon pays ne connaît ni trêve ni répit
Il s’étire langoureusement dans le temps

Mon pays se lit dans les volumes d’antan
Ces témoins patients d’un âge assoupis

Et c’est certain, maintenant vous l’aurez compris,
Mon pays est immatériel, de simples échos

Des myriades de mots,
L’univers de l’esprit.

photo avion nuitUn morceau de verre éclate.
Sans doute un bruit de l’extérieur venu se fracasser sur la paroi des songes. L’image disparaît emportant avec elle les derniers lambeaux de lueurs et l’illusion du bonheur.
Lentement, dans le noir, tout reprend forme.

La chambre est froide, comme inhabitée.
Est-ce l’heure de ceux qui rentrent tard ou bien des autres qui se lèvent tôt ?

Attrapée en elle-même, la pensée virevolte. Saute-mouton sans pattes, rien n’avance plus. Tout semble opaque, infranchissable ; l’atmosphère est moite et l’esprit englué dans une nasse. Le temps s’étire, lascivement.

L’espace se résume au lit devenu l’ennemi.
A gauche, à droite, sur le dos, puis le ventre.

Le corps lourd et maladroit cherche des poses, aimerait tant s’oublier et de nouveau pouvoir sombrer. Le fleuve des évènements coule, des visages connus s’y reflètent. Ces voix familières résonnent encore, un écho insaisissable cependant.

A gauche, à droite, sur le dos, puis le ventre.
Les minutes, puis les heures tombent, sans pitié et l’angoisse, indéfinie, tâtonne. Elle rampe, se rapproche. Sa menace est réelle.

Alors, le pouls dans les paupières, je fuis et quitte pour de bon la chaleur du repos.

Image

La première fois, c’est d’un ange qu’il était question, de bonté et d’intelligence. Une ombre du passé que la voix ne pouvait nommer sans légèrement chevroter.

Image amorcée, vague et mystérieuse.

Le temps passant, l’inconnue prit la forme en couleurs d’une jeune femme, radieuse, à la peau cuivrée et aux yeux pétillants d’énergie.
Bien campée sur deux pieds, le regard ici et là souriait à la caméra; franc et confiant, il était si loin d’anticiper l’avenir, celui qui commençait à peine.
Car ensemble, ils seraient heureux, d’un bonheur tout neuf et conquis de haute lutte.

Jeune, jolie, joyeuse.

Puis un blanc,
De jours sans retour,
Un an, puis bien d’autres,
Esprit noyé dans un corps en dérive,
Sans parole, sans voix.
Proches en folie, de haine meurtris ;
Le filet des machines, seul, dicte le temps.

Si fragile, si seule.

La toile vient de rompre.
Tout bruit s’est tu.
Enfin à elle revenue,
Elle est de nouveau l’ange du début,
Son humanité retrouvée,
Une douce présence que rien ne saurait plus altérer.

“Du lächelst, Rosendüfte wehen
In dieser dumpfen Felsenkluft.”

ImageParfois je me souviens de ces chevaux de bois,
deux mains agrippées autour de l’encolure
en haut, en bas, petits visages en émois ;
la musique aigre en berce l’allure.

Le manège monotone tourne, roule ;
un tour puis deux puis trois le regard étourdi
ne capture plus que cris, couleurs dans la foule
Un accordéon au loin meurt, touches jaunies.

La fête bat son plein sur les passants radieux,
en cadence, à une corde suspendu,
un lutin descend sous les regards anxieux ;
puis soudain remonte dans l’air, inattendu.

La chance fugace est emportée par le vent,
balayée au son des notes et corps joyeux ;
c’est alors que l’enfant s’en saisit goulûment,
attrape l’objet de son désir par la queue.

Rien qu’un bout de chiffon contre sa poitrine
ou plutôt tous les possibles dans sa paume,
il affiche sa victoire, s’imagine
en riant, prince au sommet d’un royaume.

 

Photo de Bettina Frenzel, de la série « Wiener Bilder »

ImageEn bleu je vois la vie le matin
celle du lac, étendue fidèle,
toujours là, promesse de demain;
son eau profonde m’ensorcelle.

Juste au dessus monte orange,
jaune ou rose un jour nouveau.
La clarté, de la nuit, se venge;
repousse l’insomnie, ce bourreau.

Blanches, des volutes de fumées
aux couleurs du ciel se mêlent,
signaux de froid qu’un sorcier zélé
lance à tous ceux qui dans le gel

dehors, bientôt s’aventureront.
A l’intérieur, la tasse brune
réveille dans un premier frisson
l’esprit encore dans la brume.

Les mains au chaud, le regard perdu
entre les lignes du livre ouvert,
l’imagination est bienvenue;
tout paraît neuf, engageant et clair.

Rien ne bouge dans la rue encore,
des pages monte un doux parfum
plein de confiance, sensuel et fort.
En bleu je vois la vie le matin.

Image

Dimanche après midi, Chicago, des voix résonnent dans l’église de Saint Chrysostom, chantent a cappella des morceaux couvrant deux siècles, une dizaine de langues, de pays et de cultures. L’audience voyage, de Strasbourg à Syracuse en passant par Hambourg, Helsinki, Budapest, Varsovie, Moscou, Madrid et Athènes. Environ soixante minutes et un tour du monde au sommet de la tessiture, porté par six femmes, sopranos et mezzo-sopranos, chanteuses de l’ensemble vocal « Voix de stras’ », originaire de Stras – bourg, dirigé par Catherine Bolzinger.

On apprécie au passage la polyphonie ludique de l’expression, le raccourci familier voire affectueux du lieu, mais aussi l’image du verre qui imite le diamant. Les voix de Stras’, précieuses et brillantes, font miroiter toutes leurs facettes, cisellent l’air, se faisant tantôt sirènes, tantôt furies, amoureuses, ou magiciennes. Les langues changent ; malléables, elles prennent la forme de Lieder aux intonations sacrées, puis celle de morceaux plus contemporains où l’amour se déclame en vers célèbres et se perçoit en cris de joie ou de peine.

Les silhouettes fines vêtues de noir incarnent un personnage, vivent une sensation, transmettent un message –  L’expérience théâtrale est très proche et le public est subjugué.

Invité par le forum international de musique classique, Classical : Next, Voix de Stras’ sera en Autriche, à Vienne du 14 au 17 mai prochain. Le groupe se produira notamment à l’Institut français de Vienne, pour une matinée concert le jeudi 15 mai à 11h30. Le showcase Classical Next 2014 aura lieu ensuite le 16 à 22h40 à Porgy and Bess, riemergasse 11, 1010 Wien.

Que les Viennois se le disent et pour moi, une raison de plus de vouloir y être….

Pour plus d’info sur Voix de stras’: http://voixdestras.eu

ImageVaporeuse et blanche, elle me plonge dans les siècles passés. Aérienne, immaculée, cheveux longs et pieds nus, une toile connue ? Non, juste une sensation produite par une étoffe, ample et douce. Elle joue sur la transparence, tout en nuance, elle laisse deviner un monde de féminité. Innocence voilée, je la revêts et traverse le temps.

crinoline de jadis,
camisole de nuit,
simple robe stellaire

celle d’une époque engloutie, où borderies rimaient avec rêveries
et belles endormies.

Photographie de Bettina Frenzel, de la série “Wiener Bilder”