Archive

poésie

Lauriers roses

*
Il est bientôt midi, tout le monde semble assoupi.

Nous descendons sous l’allée de Lauriers. L’arbuste mythique fait parti du paysage ici. Il est partout, en pot ou sous une forme imposante, une débauche de couleurs où le rose vif l’emporte parmi toutes les autres.

Mille variétés nous entourent, elles sont toutes différentes, lumineuses et odorantes. On dit l’espèce dangereuse, et pourtant fleurs, feuilles et rameaux parlent d’harmonie et de douceur.

Dix minutes de marche lente au frais de la tonnelle ombragée, et nous arrivons enfin à une longue bande de sable léchée par les vagues.

*

photo lavande

Des insectes voltigent affairés autour du bosquet en mouvance, le lutinent et se gorgent de nectar. La journée s’achève sur le jardin paisible. Nonchalante une silhouette passe, frôle du bout des doigts les épis ondoyants, attrape au hasard quelques tiges, les frotte dans le creux de ses mains à demi refermées.

Un parfum chaud monte de l’été.

TulipesSi au Japon, les symboles des saisons sont le chrysanthème, le prunier, l’orchidée et le bambou, qu’en est-il de la tulipe ?

Courte sur pieds, elle est au prime abord sobre et austère, toute absorbée en son mystère. Puis peu à peu elle s’amadoue, laisse tomber ses voiles, un à un, pour finalement finir radieuse et offerte.

Corolle calice
Pétales pistils
Ô monde merveilleux
« si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot”.

Et sans elles, un tableau noir, un champ vierge que l’artiste n’a pas encore visité.

pommeLe matin de lait,
Le midi d’ivoire
Le soir de sagesse

Blanches ou jaunes
De peur
De froid
D’envie

Toujours bien armées,
Jamais sans.

Durs
Eclatantes
Nourriture
Terrestre

Tantôt
grincent
Tantôt
Claquent
Tantôt
Rayent

Ah, si les poules savaient.

Mexico 19Mon pays se décline avec l’alphabet,
Au printemps latin, en hiver cyrillique

Mon pays est une forêt fantastique
Faite de signes, lianes entrelacées

Mon pays parle à travers les cultures
Celles dont l’esprit curieux s’ambitionne

Mon pays habite voyelles et consonnes
Un monde conçu tout à sa mesure

Mon pays ne connaît pas de frontière
Aucune limite et aucun barrage

Mon pays se lit comme au fil des pages
Un livre ouvert sur celui de nos pères

Mon pays se décline en couleurs,
Sous le soleil ou dans la blancheur enneigée

Mon pays n’est un lieu, ni présent, ni passé
Mais une belle construction sans demeure

Mon pays parle dans des langues sonores
Qui tissent un feuillage dense et cher

Mon pays habite fluide dans les airs,
Un territoire avec faune et flore

Mon pays ne connaît ni trêve ni répit
Il s’étire langoureusement dans le temps

Mon pays se lit dans les volumes d’antan
Ces témoins patients d’un âge assoupis

Et c’est certain, maintenant vous l’aurez compris,
Mon pays est immatériel, de simples échos

Des myriades de mots,
L’univers de l’esprit.

photo avion nuitUn morceau de verre éclate.
Sans doute un bruit de l’extérieur venu se fracasser sur la paroi des songes. L’image disparaît emportant avec elle les derniers lambeaux de lueurs et l’illusion du bonheur.
Lentement, dans le noir, tout reprend forme.

La chambre est froide, comme inhabitée.
Est-ce l’heure de ceux qui rentrent tard ou bien des autres qui se lèvent tôt ?

Attrapée en elle-même, la pensée virevolte. Saute-mouton sans pattes, rien n’avance plus. Tout semble opaque, infranchissable ; l’atmosphère est moite et l’esprit englué dans une nasse. Le temps s’étire, lascivement.

L’espace se résume au lit devenu l’ennemi.
A gauche, à droite, sur le dos, puis le ventre.

Le corps lourd et maladroit cherche des poses, aimerait tant s’oublier et de nouveau pouvoir sombrer. Le fleuve des évènements coule, des visages connus s’y reflètent. Ces voix familières résonnent encore, un écho insaisissable cependant.

A gauche, à droite, sur le dos, puis le ventre.
Les minutes, puis les heures tombent, sans pitié et l’angoisse, indéfinie, tâtonne. Elle rampe, se rapproche. Sa menace est réelle.

Alors, le pouls dans les paupières, je fuis et quitte pour de bon la chaleur du repos.