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poésie

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La première fois, c’est d’un ange qu’il était question, de bonté et d’intelligence. Une ombre du passé que la voix ne pouvait nommer sans légèrement chevroter.

Image amorcée, vague et mystérieuse.

Le temps passant, l’inconnue prit la forme en couleurs d’une jeune femme, radieuse, à la peau cuivrée et aux yeux pétillants d’énergie.
Bien campée sur deux pieds, le regard ici et là souriait à la caméra; franc et confiant, il était si loin d’anticiper l’avenir, celui qui commençait à peine.
Car ensemble, ils seraient heureux, d’un bonheur tout neuf et conquis de haute lutte.

Jeune, jolie, joyeuse.

Puis un blanc,
De jours sans retour,
Un an, puis bien d’autres,
Esprit noyé dans un corps en dérive,
Sans parole, sans voix.
Proches en folie, de haine meurtris ;
Le filet des machines, seul, dicte le temps.

Si fragile, si seule.

La toile vient de rompre.
Tout bruit s’est tu.
Enfin à elle revenue,
Elle est de nouveau l’ange du début,
Son humanité retrouvée,
Une douce présence que rien ne saurait plus altérer.

“Du lächelst, Rosendüfte wehen
In dieser dumpfen Felsenkluft.”

ImageParfois je me souviens de ces chevaux de bois,
deux mains agrippées autour de l’encolure
en haut, en bas, petits visages en émois ;
la musique aigre en berce l’allure.

Le manège monotone tourne, roule ;
un tour puis deux puis trois le regard étourdi
ne capture plus que cris, couleurs dans la foule
Un accordéon au loin meurt, touches jaunies.

La fête bat son plein sur les passants radieux,
en cadence, à une corde suspendu,
un lutin descend sous les regards anxieux ;
puis soudain remonte dans l’air, inattendu.

La chance fugace est emportée par le vent,
balayée au son des notes et corps joyeux ;
c’est alors que l’enfant s’en saisit goulûment,
attrape l’objet de son désir par la queue.

Rien qu’un bout de chiffon contre sa poitrine
ou plutôt tous les possibles dans sa paume,
il affiche sa victoire, s’imagine
en riant, prince au sommet d’un royaume.

 

Photo de Bettina Frenzel, de la série « Wiener Bilder »

ImageEn bleu je vois la vie le matin
celle du lac, étendue fidèle,
toujours là, promesse de demain;
son eau profonde m’ensorcelle.

Juste au dessus monte orange,
jaune ou rose un jour nouveau.
La clarté, de la nuit, se venge;
repousse l’insomnie, ce bourreau.

Blanches, des volutes de fumées
aux couleurs du ciel se mêlent,
signaux de froid qu’un sorcier zélé
lance à tous ceux qui dans le gel

dehors, bientôt s’aventureront.
A l’intérieur, la tasse brune
réveille dans un premier frisson
l’esprit encore dans la brume.

Les mains au chaud, le regard perdu
entre les lignes du livre ouvert,
l’imagination est bienvenue;
tout paraît neuf, engageant et clair.

Rien ne bouge dans la rue encore,
des pages monte un doux parfum
plein de confiance, sensuel et fort.
En bleu je vois la vie le matin.

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Dimanche après midi, Chicago, des voix résonnent dans l’église de Saint Chrysostom, chantent a cappella des morceaux couvrant deux siècles, une dizaine de langues, de pays et de cultures. L’audience voyage, de Strasbourg à Syracuse en passant par Hambourg, Helsinki, Budapest, Varsovie, Moscou, Madrid et Athènes. Environ soixante minutes et un tour du monde au sommet de la tessiture, porté par six femmes, sopranos et mezzo-sopranos, chanteuses de l’ensemble vocal « Voix de stras’ », originaire de Stras – bourg, dirigé par Catherine Bolzinger.

On apprécie au passage la polyphonie ludique de l’expression, le raccourci familier voire affectueux du lieu, mais aussi l’image du verre qui imite le diamant. Les voix de Stras’, précieuses et brillantes, font miroiter toutes leurs facettes, cisellent l’air, se faisant tantôt sirènes, tantôt furies, amoureuses, ou magiciennes. Les langues changent ; malléables, elles prennent la forme de Lieder aux intonations sacrées, puis celle de morceaux plus contemporains où l’amour se déclame en vers célèbres et se perçoit en cris de joie ou de peine.

Les silhouettes fines vêtues de noir incarnent un personnage, vivent une sensation, transmettent un message –  L’expérience théâtrale est très proche et le public est subjugué.

Invité par le forum international de musique classique, Classical : Next, Voix de Stras’ sera en Autriche, à Vienne du 14 au 17 mai prochain. Le groupe se produira notamment à l’Institut français de Vienne, pour une matinée concert le jeudi 15 mai à 11h30. Le showcase Classical Next 2014 aura lieu ensuite le 16 à 22h40 à Porgy and Bess, riemergasse 11, 1010 Wien.

Que les Viennois se le disent et pour moi, une raison de plus de vouloir y être….

Pour plus d’info sur Voix de stras’: http://voixdestras.eu

ImageVaporeuse et blanche, elle me plonge dans les siècles passés. Aérienne, immaculée, cheveux longs et pieds nus, une toile connue ? Non, juste une sensation produite par une étoffe, ample et douce. Elle joue sur la transparence, tout en nuance, elle laisse deviner un monde de féminité. Innocence voilée, je la revêts et traverse le temps.

crinoline de jadis,
camisole de nuit,
simple robe stellaire

celle d’une époque engloutie, où borderies rimaient avec rêveries
et belles endormies.

Photographie de Bettina Frenzel, de la série “Wiener Bilder”

 

Image«Between the folds», le documentaire de l’Américaine Vanessa Gould, sorti en 2008 révèle le monde connu et méconnu de l’origami. Nous sommes loin ici des cocottes en papier que chacun sait plus ou moins faire et expérimente joyeusement en famille. Le papier devient statue, forme géométrique complexe, objet aux mille facettes – un mélange unique de technique et d’émotion.

Plusieurs artistes prennent la parole, parlent de leur découverte de l’origami, de leur fascination et de leur travail incessant pour dompter un art qui semble sans limite. Un pli, puis un autre, des centaines pour les plus experts et la surface s’incarne sous nos yeux.

Le papier prend corps et âme. Il devient sens.

Le documentaire est bref. Il ne dure que 55 minutes et semble ne faire qu’aborder le sujet pour mieux nous le laisser découvrir. On ressort de ce film avec l’envie de créer, de se perdre « entre les plis ». Car c’est bien là que la magie opère, dans cette recherche par l’art d’un moment de grâce et d’un au-delà, situé « entre » les plis.

La tasse de thé de Proust distille son parfum car l’origami aussi est un monde qui se déplie, se multiplie –  une délicieuse mise en abyme qui nous transporte dans l’espace et le temps.

ImageDe froid, de fièvre
On s’enfonce dans le blanc
Tout le corps en feu.

Dans l’air un « Maman ! »
Que crient mille bouches
Se perd dans le froid

Boules de sucre
Pommes rouges de l’enfance
Plaisir fondant

Joyeux cortège
Les rires perlent au vent
Des enfants au jeu.

Luges de couleur
Glissent, souffles et bise
Un Brueghel d’antan.