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poésie

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De son passage, ici et là, bien trop bref,
Une ombre, évanescence voluptueuse
Souffle encore une aura bienheureuse,
Un message éternel inscrit en relief.

Au cœur de la nuit et lorsque tout repose
Dans les draps blancs elle prend la forme du sommeil
Chaude et vivante comme si c’était la veille,
A gorge déployée, chère fraîche et rose

L’éclat de son rire perle goutte à goutte
Rafraichît et permet d’éclairer la route.
Le jour était qu’une promesse, mais partie

Vers les anges, l’éternité l’a embaumée,
dans un voile d’amour et sans plus aucun cri
Pour toujours, absente, à jamais épargnée.

*

Chagall pour sa beauté, son caractère sacré, en hommage, en cadeau.

*

Memory of buried moments
the past, suddenly, smiles at me,
fleeting, in images and colors.


She held the stream of happiness
between her two white teeth,
a rosemary-scented voice,
the scent of the south, of the heart.
Her own land’s accent
sang Provence’s sun,
the lavender fields of France –
nothing Austrian there.
Hand-rolled cigarette
between thumb and index finger
she deftly put a delicate lighter 
back in its box.
Coffee on the table,
the conversation rambling on,
we imagined our tomorrow
of joy, leaning on our dreams.
For books had taught us,
had shown us the path to follow,
the possible, the intoxicating one
aching with future,
towards Bachmann, Celan, Aragon,
as our young minds caught fire.
So it will be, and ever thus,
Life in all its variations!
Here or there, at her place or mine,
a minty Mojito, green and fresh,
to keep us alert,
a pistou, maybe, or who knows what.


« Sagesse » – wisdom- rhymed with her name,
and yet she left in madness,
horribly alone and without friends.
 
*


Translation by Tilde Sankovitch
Thank you….
*

Un air bien de son temps, jeunesse et printemps,
Sourire facile des années insouciantes
Après-guerre radieux, verte innocence
Vierge de soucis et de longs accouchements

Immortalisée sur un cliché noir et blanc,
A jamais tu traverses les générations
Figée là, vole vers toi mon admiration,
Echancrée perles nacrées et robe d’antan

Si belle! C’est ainsi que je veux te garder,
Empêcher la mort pour toujours de t’enlever
Chaque jour de nouveau te lancer un coup d’œil,

Tendre et complice; sentir froid à mon cou
Ta présence chérie consoler mes écueils
Cette alliance immortelle, unique bijou.

*

.Une pierre sur une autre,
L’une à l’autre à jamais liée,
Différente et prête à défier

Le temps,
Le vent,
Le changement.Trois générations rassemblées
Et par l’image retrouvée,
L’odeur de l’enfance perdue
Dans l’histoire d’une tribu,

Coule ciment ciselures
Visages et mains burinés
De travail ou de rire tanné
Regards de famille surannés,

Ta propre architecture.

.

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J’aime le vrai beurre,
tout plein de saveur.

Les yaourts au lait entier,
car à quoi bon se priver.

Le pain plein de mie blanche et lourde,
croquer la baguette, alors sourde

aux bonnes manières, soit dit en passant.
La crème fraîche à 75 %,

Les camemberts non pasteurisés,
du poulet rôti la peau dorée.

La viande toujours saignante,
bien rouge et consistante.

Les légumes croquants,
d’un bruit sec sous la dent.

Et l’ail dans toutes ses formes,
crue, cuite, jamais hors norme.

Oui, les fromages coulants et trop faits,
Les champignons à l’odeur de forêt,

La chantilly à la mousse onctueuse,
celle qui rend douce et langoureuse

La tatin faite maison
dont la croûte fleure bon.

Après les condiments brûlants,
qui laissent le corps tout tremblant.

Les plats qui font pleurer,
De douleur à la joie alliée.

Les mets relevés, sucrés ou poivrés
Bref, j’aime le vrai, le fort, le goûté

Et surtout…..no Ersatz.

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Souvenir de moments engloutis
le passé, là soudain me sourit,
fugace, en images et couleurs.
*
Elle avait le ruisseau du bonheur
entre ses deux dents blanches, enfin
une voix sentant le romarin
celui du sud et celui du cœur.
Un accent du pays, bien le sien
chantait le soleil de Provence
les champs de lavande en France
et n’avait certes rien d’autrichien.
Cigarette roulée à la main
entre le pouce et l’index, adroite
elle rangeait vive dans sa boîte
après usage un briquet tout fin.
Le café sur la table, posé
la conversation faisait bon train
on imaginait le lendemain
de joie, à nos rêves adossées.
Car les livres nous l’avaient appris
ils nous montraient la voie à suivre
les possibles et comme ivres
de futur presqu’endolories
vers Bachmann, Celan, ou Aragon
nos esprits si jeunes s’enflammaient.
Ce sera ainsi et à jamais,
La vie dans toutes ses variations !
Ici ou là, chez elle ou chez moi,
un Mojito de menthe verte
et fraîche pour rester alertes
un pistou ou bien je ne sais quoi.
*
Sagesse rimait avec son nom
et pourtant de folie elle partit,
affreusement seule et sans amis.

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