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Image83.665 visites comptabilisées sur l’ancienne plateforme de Sur un livre perchée, si j’en crois les statistiques de blogspot. Qui oserait encore soutenir que la réflexion et l’écriture littéraires n’ont au quotidien pas ou plus de public ? Un chiffre qui ne signifie que cela mais qui cependant met du baume au cœur et vaut bien une fleur.

Je ferme aujourd’hui blogspot en remerciant au passage tous mes lecteurs de leur intérêt, leurs commentaires parfois car je continue à neuf, depuis quelques mois, sur wordpress (et toujours Sur un livre perchée puisque l’altitude permet de mieux voir, ou si comme Perec j’ose me citer de «se donner les moyens de découvrir le monde sous une perspective différente, de pouvoir survoler afin de mieux circonscrire»).

La pâte dans ce nouveau moule avec ces quelques milliers de visites ne commence qu’à lever, mais le désir comme l’appétit de pétrir les mots reste le même.

Bonne lecture et merci.

Dessin de ce billet de Laurent Konan Houphoue

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Je l’ai cherché mais ne l’ai pas trouvé, ici aucun fleuriste n’avait prévu. Je me l’offre donc, ainsi qu’à mes lecteurs, virtuellement.

Je ne sais pas s’il porte vraiment bonheur, mais je sais que son parfum est entêtant, ses clochettes délicates et pures ; qu’il symbolise les premiers beaux jours de l’année et que sa vitalité à survivre, s’étaler, se propager contraste avec son apparente fragilité.

Une cascade de bulbes blanches glisse le long d’une tige légère, elle-même insérée dans un écrin de feuilles vertes et dures, car un brin de muguet vient toujours accompagné et bien entouré, il n’est jamais seul.

Lily of the valley pour les uns, Maiglöckchen pour d’autres, il en a inspiré plusieurs. Je me contenterai de reprendre dans le texte et pour le plaisir de l’entendre le poème d’Eichendorff.

Maiglöckchen

Läuten kaum die Maienglocken,
leise durch den lauen Wind,
hebt ein Knabe froh erschrocken,
aus dem Grase sich geschwind.
Schüttelt in den Blütenflocken,
seine feinen blonden Locken,

Und nun wehen Lerchenlieder
und es schlägt die Nachtigall,
von den Bergen rauschend wieder
kommt der kühle Wasserfall.
Rings im Walde bunt Gefieder,
Frühling ist es wieder
und ein Jauchzen überall.

ImageAvide à vide
En dur endure

Les échos se répercutent

Emois et moi
Délire de lire

Multiples ;

A Dieu adieu
Encore en cœur

Les sons résonnent, se déforment

Essence et sens
Design de signes

En un chassé-croisé de notes

Amère à mer
Envers en verre

Où les mots rebondissent,

Halo à l’eau
Enfer en fer

Sans réponse.

Emaux et maux
Décris de cris

Je parle en silence
J’écris.

ImageAvril ne te découvre pas d’un fil
Nous dit le dicton
Un mois où tout le monde vacille
Chacun sa façon

Un coup à droite, puis un à gauche
En équilibre
Au dessus du vide on chevauche
Tous soudain ivres

De premières chaleur et lumière
Comme hors-la-loi
Le temps, l’espace, la vie celle d’hier
Le cœur en émoi

Entre les possibles et les non dits
Toujours à l’affût
De futures caresses alanguies
Monde défendu

Jusqu’à la lie, on boit ton élixir
Il faut y croire
Aux promesses, prières, à venir
Ne jamais déchoir

Avancer le pas léger, l’air enjoué
Oublier tous ceux
Qui en ces jours, pourquoi, s’en sont allés
De moi, vers les cieux

Ont troqué saison de chrysalide
Ainsi, sans raison,
Leurs enveloppes d’hiver, avides
De beau et de bon

D’un été bien trop long à renaître
Encore incertain
Où la pâle lueur alors traître
Laisse sur la faim.

Ah, si seulement ils avaient attendu
Un peu, car en mai
N’était-il pas clairement dit, entendu
Fais ce qu’il te plaît ?

ImageInstrument souvent noyé dans l’orchestre, touche romantique aux échos d’une époque révolue, rappel désuet de salons cossus, ou encore imagerie de conte de fée, la harpe classique est un instrument peu connu du public, et  bien souvent sous-estimé.

Les doigts glissent, s’agrippent ; le corps est arc-bouté sur l’objet impressionnant et lourd. Un rideau de cordes coupe l’espace en deux, sépare les sons, des plus aigus au plus sonores. La harpiste joue et les associations jaillissent. Elles sont nombreuses : eau, cailloux, feuilles, vent, tonnerre, brise, tempête –  on reconnaît bientôt tous les éléments. Quant aux couleurs, elles se dessinent avec les notes tantôt douces, mélancoliques ou bien fortes et colériques. Du bleu au rouge, du pastel au foncé on laisse le voyage commencer.

Chicago, fin de soirée, les derniers rayons du soleil diffusent un halo orangé, ville et hautes tours du centre servent de coulisse à l’instrument bien planté au milieu de la pièce.  Les notes s’égrainent, rapides et aériennes, sautent de l’une à l’autre, caracolent. Une vingtaine de personnes, d’amis ou de simples connaissances assistent à ce concert privé et écoutent en avant première quelques morceaux d’une œuvre ambitieuse, encore à l’ébauche, née de l’amour de la musique et de celle d’un livre, celui d’Italo Calvino Il barone rampante (Le baron perché).

1767, dans une petite ville de Ligurie, Cosimo Piovasco di Rondò, a 12 ans et est le fils ainé d’un aristocrate. Forcé lors du repas familial à avaler contre son gré un plat d’escargots il se rebelle contre la rigueur familiale, et se refugie dans les arbres du parc jurant de ne plus jamais en redescendre. Médusée la famille assiste jour après jour au siège que tient Cosimo, réalisant bien vite que la lubie infantile s’est transformée en résistance radicale et est devenue l’expression d’une liberté totale. Les semaines passent, les mois puis les années et reprenant le titre de son père après la mort de celui-ci, il devient le baron perché, voyage d’un arbre à l’autre, et vit sa vie d’homme, de penseur, dans les airs.

Roman d’aventures mais aussi conte philosophique (car le «  I would prefer not to » de Melville n’est pas loin),  Il barone rampante invite à penser, incite à rêver et aussi à jouer….

Et bien sûr qui dit perché(e), sur un arbre, un livre, ou un instrument, dit se donner les moyens de découvrir le monde sous une perspective différente, dit pouvoir survoler afin de mieux circonscrire.

La harpiste, Isabelle Olivier, s’inspire du livre de Calvino, pour rédiger son opéra jazz et harpe, un projet auquel se joindront bientôt d’autres musiciens et chanteurs. Pour l’heure les notes dansent, rebondissent comme les sauts du baron, du chêne au magnolia, du mûrier au cerisier ;  la nature est reine, protectrice ou menaçante, les sensations sont à fleur de peau et les rencontres se tissent sur fond de verdure – entre ciel et terre.

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Alors les yeux fermés et je jour se couchant sur la ville,  on s’envole au plus   profond des bois avec Cosimo, qui soudain a troqué les lianes de la forêt pour des cordes de la harpe.

 

Photo Bettina Frenzel Wiener Wald – (de la série Wiener Bilder)

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Toujours en main, une présence fidèle
Ombre longue et fine au fil des pages
Dessine, attentif témoin d’un autre âge
Le pourtour de chaque mot, empreint de zèle

Ombre longue et fine au fil des pages
Il trace de sa pointe noire si frêle
Le pourtour de chaque mot, empreint de zèle
Court, vole, souligne, et comme un voyage

Il trace de sa pointe noire si frêle
Ce monde entier qui du livre surnage
Court, vole, souligne, et comme un voyage
permet encore mieux d’en distiller tout le miel

Ce monde entier qui du livre surnage,
Toujours en main, une présence fidèle
Sur le papier blanc, et en forme d’arc-en-ciel
Dessine, attentif témoin d’un autre âge.

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Univers englouti

sans même une menace
ombre sombre, assombrie

par un songe encore si vivace
une présence à peine endormie
enlace, embrasse, las !

Les saisons se répètent,
les dates s’enchevêtrent
de morts et naissances
et rien ne fait plus sens.

C’était hier, ce sera demain,
peau pétrie de caresses et chagrin
au creux de la mémoire, tenace
quelques perles d’allégresse fugaces,
une goutte,  puis une autre, si pure.

Bonheur ruisselant et désir vainqueur,
la joie s’éteint bientôt sur un murmure,
sur ce regard devenu transparent enfin.
Miroir, il parle, sans mot et sans armure,
avec passion de l’avenir notre sœur
d’un futur proche aux accents latins.

Avoir tout été et n’être plus rien
au monde toujours inconnu
un fantôme un fantasme

Avoir cru,
ombre sombre, assombrie

meurtrie.