une femme d’un autre temps,
une femme dont le nom et le titre évoquent l’aisance et la lignée,
une femme de plume,
une femme de lettres,
une femme de tête – celle qui la tient si bien à Napoléon en personne,
une femme qui transcende les genres,
une femme adulée, courtisée par l’élite intellectuelle de l’époque,
une femme tout court, faite de contradictions, pleine d’émotion, d’une énergie rare,
une femme qu’on aimerait croiser, non sans craintes mais certes tout en admiration….

…enfin une femme sur laquelle vous apprendrez bien plus si vos pas vous mènent vers le salon de l’Alliance vendredi 20 mai à 18h30.

On y fera conversation, comme il fut de coutume au 18e et 19e siècles.
On y écoutera de la musique jouée avec brio.
On y goûtera ensuite quelques mets simples mais raffinés.

Littérature et musique mais aussi histoire, philosophie et politique s’invitent donc à l’Alliance pour une soirée d’exception.

Le Salon

La robe de mamanLe Gala de l’Alliance Française de Chicago s’est tenu samedi 14 mai 2016 avec pour thème « Les Années Folles ». Ce fut un monde d’élégance retrouvé, plein de paillettes, d’aigrettes, de perles pétillantes et de couleurs chamarrées.

La soirée comme de coutume superbement orchestrée, permettra à l’Alliance de lever les fonds nécessaires au succès de sa mission : soit promouvoir au quotidien la langue et la culture françaises, mener des projets culturels de qualité et aussi offrir des cours d’immersion en français aux élèves de Chicago Public Schools (CPS).

Bravo et merci à tous les organisateurs de ce bel évènement!

Une belle semaine culturelle à Chicago avec la venue notamment de l’écrivain français d’origine russe Andréï Makine qui a donné plusieurs entretiens dans les universités de Notre Dame et UIC, dans quelques librairies ainsi qu’à l’Alliance Française.

Mercredi 27 avril l’Alliance Française de Chicago offrait donc une pause déjeuner atypique et littéraire devant une audience subjuguée.

Questionné sur ses pseudonymes, sur le concept d’identité, sur le rôle de l’écriture, du style et de la mémoire, sur l’amour et la beauté, la francité et la russité, enfin sur l’éternité ou l’immortalité, l’auteur s’est prêté au jeu des questions-réponses et nous a fait voyager dans son œuvre, riche de vingt ouvrages (seize sous le nom d’Andreï Makine et quatre sous celui de Gabriel Osmonde).

On retiendra une voix forte aux « r » envoûtants et beaucoup de cohérence, celle d’un homme face à ses écrits et ses idées.

Lire Makine/Osmonde, c’est entrer dans un univers où les mots possèdent des vertus magiques, ils décantent la mémoire, la transfigurent, ils transcendent le temps, l’espace et les cultures, ils préservent la vie dans ses brefs moments d’éternité; enfin et surtout lire Makine, c’est toucher de près l’humain, dans sa fragilité et sa force, dans ses contradictions, sa complexité et aussi sa beauté.

Makine_AF_4

BoisEncore le silence complet, il est tôt. La bouilloire bat la mesure en cadence, un chuchotement léger monte, enfle, puis gronde. Elle hurlerait comme la sirène des vieux trains si on ne la retirait pas rapidement. Les grains de café fraîchement moulus forment une masse plus sombre dans la cuisine obscure.

Les mains s’orientent au bruit de l’eau en ébullition, elles suivent l’arôme puissant, présence réconfortante du matin. La chaleur monte en volutes. Elle s’engouffre dans un cratère mouvant, balbutiant quelques bulles brûlantes dont il faut se prévenir en ajustant la collerette blanche aux cornettes pointues.

Longue élégante, la bouteille aux parois de verre transparentes est prête, droite et stricte, une nonne vêtue de noir et blanc. On l’attrape par le cou, il est en bois clair ; son écharpe de cuir se termine par deux pompons de bois lisse.

Pas de chant du coq ici mais aux premières nuances de l’aube, le rituel bienveillant du moulin à café et le murmure de l’eau.

harpe 2Un autre endroit, mais toujours les bords de l’eau, Chicago River coule en bas et se jette plus loin dans le lac. La lumière se reflète dans les immeubles d’en face, un fin rayon de soleil direct éclaire la pièce où se regroupent quelques privilégiés. Les doigts comme animés d’une vie propre se lancent, déchirent le tissu des conversations amorcées.
17h30, concert privé chez Isabelle Olivier qui joue ses dernières compositions.

Deux ans plus tard, l’opéra librement inspiré du Baron perché de Calvino prend son élan ; il est fini quasiment pour la partie orchestrale et l’instrument central : la harpe. D’autres viendront s’y joindre : guitares, contrebasses, violons, voire synthétiseurs. Des voix aussi, un quatuor composé de deux hommes et deux femmes.

La harpe, point central, seul représenté pour le concert de ce soir, se donne à fond, cordes, bois, coffre, chevilles, pédales et boutons. Rien n’est laissé de côté et tout participe avec intensité. Côme monte dans l’arbre, fuit la société d’une branche à l’autre, impose sa liberté entre ciel et terre. On ferme les yeux, se laisse porter par une musique nouvelle, si loin des représentations traditionnelles liées à cet instrument.

Etre à quelques centimètres de la harpe, la sentir vibrer et remplir l’espace est unique et ne se retrouvera sans doute pas dans l’opéra final, où elle se fera guide, donnera le ton, mais n’aura plus l’exclusivité. Je profite donc du moment.

Un concert vient d’être donné cet été près de Paris, une magnifique création incluant une quarantaine d’artistes, le tout dans la féérie d’un château médiéval. D’autres représentations sont prévues au printemps et à l’été prochains à Chicago, en salle et en plein air….

Une histoire musicale à suivre donc, perchée entre Paris et Chicago.

AF Oh là là, j'adoreGroupe de lecture
Programme littéraire
Alliance Française
 – Calendrier 2015-2016

*

– 21 septembre 2015 : Pas pleurer de Sylvie Salvayre (2014)

– 2 octobre 2015 : Constellation d’Adrien Bosc (2014)

– 7 décembre 2015 : Soumission de Michel Houellebecq (2015)

– 25 janvier 2016 : Bain de lune de Yanick Lahens (2014)

– 7 mars 2016 : Charlotte de Foenkinos (2014)

– 11 avril 2016 : Au revoir là-haut de Pierre Lemaître (2013)

– 16 mai 2016 : Limonov d’Emanuel Carrère (2011)

*

La plus belle de mes vignettes estivales,
Deux perles rayonnantes vers lesquelles je tends
Deux grands yeux au monde innocents, un regard franc
Que rien encore n’a pu toucher, si loin du mal !

La vie coule dans sa prunelle émeraude
Minérale et précieuse, toujours mutine
elle me raconte une histoire cristalline
Et parle sans mot dans une langue chaude.

Les traces de jeunesse en mille flammettes
Aux beaux jours jaillissent au front des pommettes
Adoucissent le visage en amande

De joie, le nez se plisse, puis se retrousse,
ne laissant qu’une tendre petite frimousse,
Un air câlin qui chaque matin me transcende.

les yeux de Paul

Citronnier NarbonneTrois pièces entourent l’atrium, comme auraient dit les Latins, toutes partagent la même vue, celle d’un citronnier devenu géant au fil des ans. Les fruits pendent agglutinés les uns aux autres ; oblongs ils ont l’écorce rugueuse et dure, passent du vert foncé au vert tendre, puis au jaune éclatant. Ils ont peu de jus, quelques gouttes seulement qu’il faut extraire avec patience – une essence intense à l’arôme âcre et riche. Les feuilles denses protègent les agrumes et apportent la fraîcheur au lieu.

Je jette un regard furtif sur l’atrium ensoleillé et repense au magnifique poème de Goethe, sur le pays où poussent les citronniers. L’Italie pour lui et toutes ses promesses de joie, le midi plus simplement pour moi, suave et généreux.

Kennst du das Land, wo die Zitronen blüh’n,
Im dunkeln Laub die Goldorangen glüh’n,
Ein sanfter Wind vom blauen Himmel weht,
Die Myrte still und hoch der Lorbeer steht,

Dahin! Dahin
Möcht’ ich mit dir, o mein Geliebter, zieh’n.

Kennst du das Haus? Auf Säulen ruht sein Dach,
Es glänzt der Saal, es schimmert das Gemach,
Und Marmorbilder stehn und seh’n mich an:
Was hat man dir, du armes Kind, getan?
Kennst du es wohl?

Dahin! Dahin
Möcht ich mit dir, o mein Beschützer, zieh’n.

Kennst du den Berg und seinen Wolkensteg?
Das Maultier sucht im Nebel seinen Weg;
In Höhlen wohnt der Drachen alte Brut;
Es stürzt der Fels und über ihn die Flut.
Kennst du ihn wohl?

Dahin! Dahin
Geht unser Weg! o Vater, laß uns zieh’n!

Gedicht von Goethe –  “Mignon”

Genêts PeyrepertuseEntre champs et forêts de sapins, au pied des montagnes, quelques buissons résistent à l’aridité du lieu. Sauvages et heureux avec peu, ils reflètent le soleil, absorbent et renvoient ses rayons.
Au pays des oliviers papillonnent les bourgeons d’or.

Le paysage semble immuable, inscrit à jamais dans les terres, et si les vignes adroitement alignées ne venaient au fil des kilomètres ponctuer le décor, on pourrait encore se croire à l’époque cathare.

Grappes fleuries, arbrisseaux souples et robustes, sarments ancestraux,
Pins, lande et roche calcaire,
Le temps a un goût d’éternité.