ImageLes classiques font peur, trop connus ils ne sont pas lus.

L’école souvent les impose à un âge où la vie n’est encore qu’une forme sans relief, alors que les expériences se comptent sur les doigts de la main et que le recul est impossible. On se fait un jugement bien vite, sans comprendre, pour plaire au professeur, pour filer surtout au prochain, échapper à la corvée. Car tout livre a un âge pour être lu et apprécié ; peu d’entre eux couvrent selon l’expression consacrée la tranche d’âge allant de 7 à 77 ans.

Proust, Racine et tant d’autres, lus trop tôt, restent alors des noms phares qui éblouissent ou figent sur place. Souvenirs d’enfance mal digérés, ils passent au grand public qui lui, aime les citer, s’en parer– mais souvent sans les lire, car à quoi bon l’effort, puisqu’internet est là avec son cortège de citations et de pensées toutes faites.

Et bien non, les classiques ne sont pas ennuyeux. Il suffit de les lire – au bon moment. Et pour qui daigne s’y pencher, ils étonnent, fascinent, passionnent et on y retrouve en germe bien des thèmes popularisés ensuite dans des genres dits plus accessibles.

Tout est là, dans les mythes, les légendes, les auteurs du temps passé. Très peu d’idées nouvelles sont produites par siècle, elles sont plutôt toutes reformulées de façon plus ou moins originale, et surtout plus au moins réussie.
Donc retour aux classiques !

De toutes les tragédies Racinienne (et peut-être même tragédies tout court) Phèdre est certes la plus connue. S’inspirant d’une pièce de théâtre grecque d’Euripide, elle met en scène avec finesse et psychologie la complexité des émotions humaines et la dimension tragique de la passion à travers le trio mythique de Phèdre, Hippolyte et Thésée.

Quelques vers rejaillissent, s’accrochent à la mémoire ou ont été retranchés du texte par le temps, imprimant un fragment que d’aucuns ne sauront plus vraiment replacer dans une pièce de théâtre ou un poème classique :

« Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue,
Un trouble s’éleva dans son âme éperdue ;
Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler;
Je sentis tout mon corps et transir et brûler ».

Le cours montrera l’universalité des personnages, la pureté du style ainsi que l’harmonie classique de cette pièce, écrite tout en alexandrins. Nous analyserons également son impact à travers les siècles dans des œuvres d’art majeures et regarderons ensemble la remarquable mise en scène de Patrice Chéreau, jouée à l’Odeon-Théâtre à Paris en 2003.

Classe de littérature à l’Alliance Française de ChicagoPhèdre de Racine
du 24 avril au 12 juin – tous les mercredis de 19h45 à 21h45

ImageAvril ne te découvre pas d’un fil
Nous dit le dicton
Un mois où tout le monde vacille
Chacun sa façon

Un coup à droite, puis un à gauche
En équilibre
Au dessus du vide on chevauche
Tous soudain ivres

De premières chaleur et lumière
Comme hors-la-loi
Le temps, l’espace, la vie celle d’hier
Le cœur en émoi

Entre les possibles et les non dits
Toujours à l’affût
De futures caresses alanguies
Monde défendu

Jusqu’à la lie, on boit ton élixir
Il faut y croire
Aux promesses, prières, à venir
Ne jamais déchoir

Avancer le pas léger, l’air enjoué
Oublier tous ceux
Qui en ces jours, pourquoi, s’en sont allés
De moi, vers les cieux

Ont troqué saison de chrysalide
Ainsi, sans raison,
Leurs enveloppes d’hiver, avides
De beau et de bon

D’un été bien trop long à renaître
Encore incertain
Où la pâle lueur alors traître
Laisse sur la faim.

Ah, si seulement ils avaient attendu
Un peu, car en mai
N’était-il pas clairement dit, entendu
Fais ce qu’il te plaît ?

ImageInstrument souvent noyé dans l’orchestre, touche romantique aux échos d’une époque révolue, rappel désuet de salons cossus, ou encore imagerie de conte de fée, la harpe classique est un instrument peu connu du public, et  bien souvent sous-estimé.

Les doigts glissent, s’agrippent ; le corps est arc-bouté sur l’objet impressionnant et lourd. Un rideau de cordes coupe l’espace en deux, sépare les sons, des plus aigus au plus sonores. La harpiste joue et les associations jaillissent. Elles sont nombreuses : eau, cailloux, feuilles, vent, tonnerre, brise, tempête –  on reconnaît bientôt tous les éléments. Quant aux couleurs, elles se dessinent avec les notes tantôt douces, mélancoliques ou bien fortes et colériques. Du bleu au rouge, du pastel au foncé on laisse le voyage commencer.

Chicago, fin de soirée, les derniers rayons du soleil diffusent un halo orangé, ville et hautes tours du centre servent de coulisse à l’instrument bien planté au milieu de la pièce.  Les notes s’égrainent, rapides et aériennes, sautent de l’une à l’autre, caracolent. Une vingtaine de personnes, d’amis ou de simples connaissances assistent à ce concert privé et écoutent en avant première quelques morceaux d’une œuvre ambitieuse, encore à l’ébauche, née de l’amour de la musique et de celle d’un livre, celui d’Italo Calvino Il barone rampante (Le baron perché).

1767, dans une petite ville de Ligurie, Cosimo Piovasco di Rondò, a 12 ans et est le fils ainé d’un aristocrate. Forcé lors du repas familial à avaler contre son gré un plat d’escargots il se rebelle contre la rigueur familiale, et se refugie dans les arbres du parc jurant de ne plus jamais en redescendre. Médusée la famille assiste jour après jour au siège que tient Cosimo, réalisant bien vite que la lubie infantile s’est transformée en résistance radicale et est devenue l’expression d’une liberté totale. Les semaines passent, les mois puis les années et reprenant le titre de son père après la mort de celui-ci, il devient le baron perché, voyage d’un arbre à l’autre, et vit sa vie d’homme, de penseur, dans les airs.

Roman d’aventures mais aussi conte philosophique (car le «  I would prefer not to » de Melville n’est pas loin),  Il barone rampante invite à penser, incite à rêver et aussi à jouer….

Et bien sûr qui dit perché(e), sur un arbre, un livre, ou un instrument, dit se donner les moyens de découvrir le monde sous une perspective différente, dit pouvoir survoler afin de mieux circonscrire.

La harpiste, Isabelle Olivier, s’inspire du livre de Calvino, pour rédiger son opéra jazz et harpe, un projet auquel se joindront bientôt d’autres musiciens et chanteurs. Pour l’heure les notes dansent, rebondissent comme les sauts du baron, du chêne au magnolia, du mûrier au cerisier ;  la nature est reine, protectrice ou menaçante, les sensations sont à fleur de peau et les rencontres se tissent sur fond de verdure – entre ciel et terre.

photo

 

Alors les yeux fermés et je jour se couchant sur la ville,  on s’envole au plus   profond des bois avec Cosimo, qui soudain a troqué les lianes de la forêt pour des cordes de la harpe.

 

Photo Bettina Frenzel Wiener Wald – (de la série Wiener Bilder)

ImageLa soprano, Nathalie Colas et le pianiste, Daniel Schlosberg, seront le 4 avril 2013 à Chicago (Abraham Lincoln Elementary School – 615 West Kemper Place, Chicago 60614) pour un Récital de mélodies françaises (18h-19h30).

Le programme couvrira des morceaux classiques tirés de poèmes connus ainsi que des chansons plus populaires et fera participer les élèves de l’école franco-américaine de Chicago (EFAC) ainsi que d’Abraham Lincoln Elementary School.

Pour le programme choisi

Lecture : La Tulipe, poème de Robert Desnos

Chant: Le Papillon et la fleur, poème de Victor Hugo       – – –  G. Fauré

 

Lecture : deux fables de Jean de La Fontaine

Chant: Le Corbeau et le Renard – – – –  B. Godard

 

Lecture : L’enfant qui a la tête en l’air, poème de Claude Roy

Chant : quatre chansons pour enfants – – –  F. Poulenc

La tragique histoire du petit René, poème de Jaboune

Nous voulons une petite soeur, poème de Jean Nohain

Le petit garçon trop bien pensant, poème de Jaboune

Monsieur Sans-Souci, poème de Jaboune

** pause **

Chocolat Chaud : morceau chanté par les élèves de la chorale Française de Lincoln

 

Chant : La Pastorale des Cochons Roses, poème d’Edmond Rostand – – –  E. Chabrier

Chant : Villanelle des petits Canards, poème de Rosemonde Gérard

 

Chant : Les feuilles mortes – – –  J. Kosma

Chant : La vie en Rose – – –  M. Monnot

 

Lecture : Les oiseaux perdus, poème de Maurice Carême,

Chant : Romance de l’Etoile, extrait de L’Etoile – – –  E. Chabrier

Chant : «Ah que j’aime les militaires » extrait de La Grande Duchesse de Gerolstein – – –  J. Offenbach

Le soprano en quelques mots 

Nathalie Colas est née à Strasbourg, en France. Elle est diplômée de l’université de DePaul School of Music à Chicago. Elle est aussi titulaire d’un master de chant classique et de musique de chambre baroque du Conservatoire Royal de Bruxelles, en Belgique ainsi que d’un master du Studio d’Opéra, de l’Université des Arts de Berne, en Suisse.
Dans le cadre de la classe Internationale de Lied d’Udo Reinemann à Bruxelles, Nathalie a étudié la mélodie et le Lied avec, entre autres, Edith Wiens, Roger Vignoles et Hartmut Holl.

Son répertoire est riche et varié.

Elle a interprété pour l’opéra les rôles de:

–       Despina, dans Cosi Fan Tutte de Mozart

–       Julia dans Romeo und Julia de Boris Blacher

–       Serpina dans Il Curioso Indiscreto d’Anfossi

–       Rosina dans Il Barbiere di Siviglia de Paisiello

–       Alceste dans Antigona de Myslivecek

–       Amaryllis dans Dido and Aneneas de Purcell

Elle a chanté en tant que soliste de concert:

–       la Trauerode de J-S Bach

–       la Messe en ut de F.X. Richter

–       la Messe Solennelle de Gounod

–       le Requiem de Dvorak

–       la Messe en Si de Schubert

–       une série de concert du « Chicago Bach Ensemble », cantates BWW 82 et BWV57

Elle est aussi l’une des solistes du « Fonema Consort », ensemble de musique contemporaine de Chicago.

Elle a participé enfin aux créations d’œuvres d’Aperghis, de Dusapin et de Christophe Bertrand et réalisé un enregistrement de créations par de jeunes compositeurs européens avec l’ensemble vocal “Voix de Stras”.

Pour plus d’info, voir son site: http://www.nathalie-colas.com/

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Toujours en main, une présence fidèle
Ombre longue et fine au fil des pages
Dessine, attentif témoin d’un autre âge
Le pourtour de chaque mot, empreint de zèle

Ombre longue et fine au fil des pages
Il trace de sa pointe noire si frêle
Le pourtour de chaque mot, empreint de zèle
Court, vole, souligne, et comme un voyage

Il trace de sa pointe noire si frêle
Ce monde entier qui du livre surnage
Court, vole, souligne, et comme un voyage
permet encore mieux d’en distiller tout le miel

Ce monde entier qui du livre surnage,
Toujours en main, une présence fidèle
Sur le papier blanc, et en forme d’arc-en-ciel
Dessine, attentif témoin d’un autre âge.

Gene Siskel ChicagoDie Wand, le film de l’Autrichien Pölsler qui fait l’objet de mon billet du même nom est maintenant à l’affiche à Chicago, au Gene Siskel Film Center, dimanche 3 mars à 17 heures ainsi que mercredi 6 mars à 18 heures. Il passe en allemand avec sous-titres anglais.

Un film à ne pas manquer !

Gene Siskel Film Center – 164 N State St, Chicago, Illinois 60601

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Univers englouti

sans même une menace
ombre sombre, assombrie

par un songe encore si vivace
une présence à peine endormie
enlace, embrasse, las !

Les saisons se répètent,
les dates s’enchevêtrent
de morts et naissances
et rien ne fait plus sens.

C’était hier, ce sera demain,
peau pétrie de caresses et chagrin
au creux de la mémoire, tenace
quelques perles d’allégresse fugaces,
une goutte,  puis une autre, si pure.

Bonheur ruisselant et désir vainqueur,
la joie s’éteint bientôt sur un murmure,
sur ce regard devenu transparent enfin.
Miroir, il parle, sans mot et sans armure,
avec passion de l’avenir notre sœur
d’un futur proche aux accents latins.

Avoir tout été et n’être plus rien
au monde toujours inconnu
un fantôme un fantasme

Avoir cru,
ombre sombre, assombrie

meurtrie.

ImageL’alliance française de Chicago met à l’honneur Beauvoir et la photographie, à travers les clichés de l’artiste américain Art Shay.

La soirée, intitulée Beauvoir et Nelson in Love, sera centrée sur l’exposition du célèbre photographe Art Shay qui, présent lors du vernissage, racontera sa rencontre avec deux figures marquantes de la littérature : Algren et Beauvoir.

On découvre une histoire d’amour et de passion, de fidélité et de trahison, une histoire d’amitié enfin, et toutes ont pour toile de fond les milieux intellectuels de Paris et Chicago au cœur du 20e siècle.

Au fil des images et de la lecture des lettres d’amour du triangle amoureux Beauvoir-Sartre-Algren se proflent des êtres de chair et de sang dont la voix troublante remonte du passé et transcende le temps.

Alliance Française de Chicago – Mercredi 13 février 2013 à 18h30

AF press release

Vernissage and Exhibition with Art SHAY
Lecture of excerpts from De Beauvoir’s letters (in French & English)
With Isabelle David, John Ireland, and students from DePaul University French Dpt.

It is in Chicago that French feminist Simone de Beauvoir met and fell in love with the bad boy of American literature, author Nelson Algren. Art Shay, the great Chicago based photographer and Life Magazine reporter, was there.

Art Shay will also be at the Alliance Française de Chicago for the opening of a special exhibition commemorating not only a celebrated love story but also the world of Nelson Algren, a gritty black and white City of Big Shoulders that is no more.

And because it’s l’Amour….it’s complicated !

Existentialist author Jean-Paul Sartre always stood between Simone De Beauvoir and Nelson Algren, part of an equation taking the shape of a triangle. Art Shay’s testimony will be followed by a reading, in French and in English, of excerpts from letters Simone de Beauvoir wrote to Nelson Algren and Jean-Paul Sartre.

Alliance Française de Chicago – Wednesday, February 13 at 6 :30PM / Free Admission – 54 W. Chicago Avenue

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Das ordentliche Leben der Marlen Haushofer, ou peut-être La vie rangée de Marlen Haushofer, si nous traduisions en français, est le livre d’une autre Marlene, homonyme presque parfait, sans l’ajout moins radical du “e” final.

Deux femmes se rencontrent, se parlent et se font écho. La seconde retrouve dans la première des brides d’un passé encore frais, en elle tout d’abord, bien que plus jeune, mais surtout dans les femmes qui l’ont précédée.

Car pour toute femme dans l’Autriche du milieu du 20e siècle puis de l’après guerre il fait bon trouver son rang, n’en pas déroger, vivre dans l’apparence du calme et le respect de la famille.

Sous la férule d’une société bourgeoise et masculine certaines finissent par se briser, ne supportant plus le poids de la pression ou du refoulement.

Représentative d’un genre féminin et aussi d’une époque, Haushofer rappelle d’autres portraits de femmes et mères d’écrivains connus comme celles de Handke ou Bernhard. Marlene Krisper esquisse des destins différents, elle souligne cependant des ressemblances parfois troublantes que le lecteur peut ensuite librement interpréter.

Un petit livre qui gagne à être lu quand on cherche à mieux connaître Haushofer. On y traite de sa vie, de son temps et de son oeuvre, relevant la trame qui lie ses personnages féminins, leur profonde difficulté existentielle, leur solitude viscérale et inadéquation à vivre dans un monde régis par les hommes.

A lire en allemand Das ordentliche Leben der Marlen Haushofer de Marlene Krisper.