ImageDe son adolescence à sa mort, un homme tient son journal. Avant de mourir il remet les carnets à sa fille, qui – livre étant- décide (on imagine) de les publier. La trame est simple, le projet cependant plus complexe car si « je » il y a, comme dans tout bon journal, celui-ci ne tient compte que du corps et de ses effets. Il ne s’agit donc pas d’un journal intime, ou d’un journal de bord mais du Journal d’un corps, le dernier roman de Pennac, un livre à la fois original, drôle et profond et qui pourrait se résumer par la phrase d’Antonin Artaud « du corps par le corps avec le corps, depuis le corps et jusqu’au corps » 

On suit la vie d’un homme, entre douze et 87ans. Il est sans nom, à quoi bon ? N’est-il pas monsieur tout le monde, l’homme en général, un corps parmi tant d’autres. Délaissé par une mère acariâtre, le jeune garçon, chétif, ombre d’un père aimant mais souffreteux et voué à une mort prochaine, décide de dompter ce corps dans lequel il se sent si mal. Il se met donc à l’écrire au quotidien, lui donne la parole pour mieux le maîtriser, le comprendre et ainsi l’ancrer dans la vie. Son but est de vaincre les peurs qui l’assaillent, devenir fort et ultimement trouver son identité. Qui suis-je ? Une réflexion qu’il est en effet bien difficile de dissocier du corps.

Il n’entre dans le texte aucune considération qui ne soit physique à la base, et on assiste au répertoire d’un corps dans toutes ses fonctions, émanations, transitions. L’exercice aurait pu être fastidieux, voire périlleux, il n’en est rien. Et même si certains passages manquent un peu d’oxygène (je me mets au diapason) ou tirent en longueur ; le livre est bien vivant, l’histoire et le contexte assis.

Apprentissage de l’adolescent qui tâtonne, jeux entre camarades d’internat, expériences érotiques de l’homme jeune, précautions de l’homme vieillissant exposé aux affres d’une machine qui lentement se détraque, résignation enfin devant la mort à venir – tout est noté, annoté au fil des années.

Pennac ne craint ni l’inventaire, ni la définition clinique des maux qui touchent le personnage central. Le texte reste néanmoins léger car le ton est enjoué, l’humour toujours présent. On sourit devant l’humilité déployée face aux limites humaines, s’amuse de certains comportements sociaux, suit avec joie la verve ironique et burlesque du narrateur/auteur qui n’est pas sans rappeler celle de Queneau ou de Perec. Le style est simple, épouse la langue parlée voire familière (« Keskifonpapa ?), ne crache pas sur les jeux de mots (« quarante-trois ans. C’est l’âge de ta pointure ! (…) Tu seras bien dans tes pompes »), ou expressions cocasses (« Les surgeons du duc de Montmorency » /ses fils ou encore « se prendre en main » /se masturber).

Les jours passent, les carnets se remplissent, une maladie chasse l’autre et les personnages s’inscrivent en filigrane. Quelques personnages restent flous (par exemple Mona, la femme ou Lison, la fille), d’autres en revanche sont riches en couleurs (Violette, la nourrice tant aimée, Tijo, l’ami de toujours ou Grégoire, le petit-fils). L’histoire est banale, seule ponctuée par les douleurs, plaisirs, ou aigreurs de notre « machine à être ». Mais la vieillesse venant, la réflexion gagne en profondeur et là où le souffle de l’homme vient à manquer, le livre prend vie – une vie vécue comme un corps à corps de tous les jours.

Le roman, paru en 2012 chez Gallimard, a finalement inspiré un autre artiste, l’auteur de bande dessinée, Manu Larcenet qui vient de revisiter à sa façon le Journal d’un corps de Pennac.

L’album est sorti en avril 2013 et comporte environ deux cent dessins à l’encre de chine. 

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Classe de Littérature Image

Poésie et musique
Alliance Française de Chicago
A partir de septembre 2013 et  tous les mercredis de 19h45 à 21h45

On déclame, on récite, on fait raisonner puis on écoute; enfin la voix porte et l’emporte.
Un poème lu, qu’est-ce? Quelques mots qui saupoudrent le temps, de longs silences qui enveloppent le lecteur, des morceaux de vie arrachés au texte.

On s’y baigne, s’en imprègne, joue à saute-moutons avec les vers ; on comprend soudain l’indicible ou bien laisse mousser les sensations. Car on peut décider de plonger dans les profondeurs ou de simplement nager à la surface.  C’est selon, les aptitudes, les envies. La voix ponctue le sens, ouvre les barrières et donne des possibles.

Un poème lu est un poème en vie.

De la lecture à la chanson, ce n’est plus alors qu’une histoire de rythme. En musique, je propose donc de découvrir la poésie classique, de François Villon à Baudelaire et Aragon….

Groupe de lecture

Nouveau programme Littéraire
Alliance Française
Calendrier 2013-2014

  • 16 septembre et 28 octobre 2013 – Belle du seigneur d’Albert Cohen – 1968
  • 2 décembre 2013 – Heureux les heureux de Yasmina Reza – 2013
  • 27 janvier 2014 – Le roman sur la chute de Rome de Jerôme Ferrari – Goncourt 2012
  • 3 mars 2014 – Les pays de Marie-Hélène Lafon – 2012
  • 21 avril 2014 – Journal d’un corps de Daniel Pennac – 2012
  • 19 mai 2014 – Une année studieuse d’Anne Wiazemsky – 2012

 

Cercle Proust

A la recherche du temps perdu en long en large et en travers.
 Prochaine rencontre : Septembre 2013

 Photo Bettina Frenzel Wienerlied – (de la série Wiener Bilder)

ImageUn an depuis notre dernière visite et bien sûr tout est immuable. Même chaleur d’été, semblables paix et joie enfantine. Nous poussons le portillon, nous glissons à travers les allées, cherchons quelques minutes, puis retrouvons les noms gravés dans la pierre que quelques brins d’herbes sont venus recouvrir. « Les voilà ! » Alignés sagement les uns à côté des autres, ils nous accueillent, simplement.

On discute, s’active, reprend possession des lieux. T. est à peine visible, envahi par la mousse ; W. semble figer en mai, seul mot qui émerge ; et R. paraît bouger, emporter par une colonie de fourmis au travail. Quant à Chloé, je note cette fois son signe du zodiaque : sagittaire, comme moi.

La promenade au cimetière est un rituel, comme celui d’aller vérifier si les mûriers ont déjà des baies. On en revient avec un bouquet de courtes fleurs jaunes, de feuilles entrelacées ou bien avec quelques récipients tâchés de fruits encore chauds et au dessus desquels s’agitent des moucherons. La maison offre une vue surplombant la vallée, belle et paisible : un horizon de montagnes, ondoyantes, moutonnantes ; des praires et des champs aux multiples tons de verts. Du portique il fait bon s’abîmer dans la douceur du paysage, un livre à la main – le regard dissipé entre les mots et la nature.

Se promener prend une allure proustienne, car c’est automatiquement faire le choix entre deux côtés : partir au sud, et prendre celui des mûriers qui délimitent la prairie où paissent des vaches indolentes, ou bien remonter vers le nord et opter pour celui du cimetière en bordure de forêt. Il n’y a ici aucune autre vraie possibilité d’ailleurs depuis que la quatre-voies au bout du sentier a remplacé l’ancienne route de campagne où deux voitures pouvaient auparavant difficilement se dépasser. Jour comme nuit, et bien que cachées par les arbres, les voitures ronronnent sans discontinuer, empêchent toute échappée à pieds. Partir sans engin, c’est donc traverser champs et forêts, ou bien s’engager, valeureux sur une route étroite qui dessert quelques fermes, au risque de se faire courser par des chiens peu habitués à voir passer autre chose que des tracteurs ou machines agricoles.

Sérieux à l’ouvrage, comme toujours, les enfants grattent et nettoient les pierres pour que tout redevienne aussi propre que lors de leur dernier passage. Ils s’adressent aux trois garçonnets comme à des camarades quittés après un jeu, un autre jour de vacances. «Attends, je vais te débarrasser de toutes ces fourmis, tu vas voir ». Sans y prendre garde, il passe de la troisième personne à la seconde créant l’amitié, si facile à leur jeune âge. Rien n’est différent de l’été passé et surtout rien ne sort de l’ordinaire, pourtant une chose m’étonne et me laisse un sentiment de joie que je ne comprends qu’ensuite, une fois revenue vers la maison. Car j’ai l’impression aussi d’avoir rendu visite à quelqu’un de cher, alors que cette famille m’est inconnue, qu’elle a vécu il y a presque cent ans et surtout qu’elle n’est plus.

Il y exactement un an nous faisions connaissance au hasard de notre balade, prenions note surtout d’existences que nous avions omises par faute d’attention. Chloé nous reçoit aujourd’hui, entourée de sa progéniture, celle qui à tout jamais est ancrée dans l’enfance et l’autre qui ensuite s’est perpétuée. Elle nous conte en silence son histoire, nous fait rêver sa présence et nous salue au détour de nos vacances.

S’il est des amitiés qui se passent de langage commun, d’autres qui sortent des romans pour se fixer plus assurément dans la réalité, il semble qu’il y en ait d’autres encore qui bravent le temps, cette ligne soi-disant linéaire, et redéfinissent la frontière séparant les vivants des morts.

Les ongles noirs, les enfants repartent satisfaits, sachant que demain sans doute nous reviendrons, puis la fois prochaine, un jour.

ImageLire, c’est avant tout relire, comme je le dis souvent. Je viens de le faire pour le livre de Bernhard Schlink, paru en 1997 Der Vorleser, traduit en français sous le titre Le liseur par Bernard Lortholary (traducteur émérite connu notamment pour sa traduction du roman de Süskind Le Parfum).

Le roman m’avait beaucoup plus à sa sortie et bien avant qu’il ne soit traduit dans 32 langues, ainsi que le film sorti en 2009 de Stephen Daldry – chose plus rare.
Je relis Der Vorleser et le sentiment est intact, plus clair cependant comme après toute relecture.

Un homme d’une cinquantaine d’année, raconte l’histoire d’un pan de sa vie, son histoire intime à travers la grande Histoire, celle de la seconde guerre mondiale et de l’holocauste. Il écrit à la fois pour guérir, effacer mais aussi pour faire revivre et se rappeler.

1958, Michael Berg a quinze ans et attrape la jaunisse. Malade et vomissant dans la rue, une femme lui vient en aide et le ramène chez lui. La situation porte peu à une future romance et pourtant c’est le début d’une liaison entre le jeune lycéen et la femme, de vingt ans son aînée. Après sa convalescence il lui rend visite pour la remercier de son geste, elle le séduit bientôt et fait de leurs rencontres un rituel amoureux empreint de lecture à haute voix, de bains et de sexualité « das Ritual des Vorlesens, Duschens, Liebens und Beinanderliegens ». L’image de la femme est auréolée de mystère, on apprend peu d’elle, si ce n’est qu’elle s’appelle Hanna Schmitz et qu’elle est contrôleuse de tramway. Ni franchement belle, ni laide, elle se définit par sa force, son déterminisme et ses colères incompréhensibles qui laissent Michael alias « Jüngchen » pour Hanna dans le désarroi. Les mois passent, les rencontres ponctuent la vie de Michael qui oscille entre sa famille bourgeoise, l’école et les après-midis dans les bras d’Hanna, à lui lire les œuvres qu’il étudie en classe, celles de Lessing, Tolstoï, Schiller ou Eichendorff.
De son amour il tire sa force, prend de l’assurance et s’impose par rapport à ses camarades, encore gauches et peu sûrs d’eux.
Le couple clandestin se retrouve chaque jour en cachette, autour du même rite : lecture, ablutions, étreintes. Les vacances venus ils partent en bicyclette à la campagne, se faisant passer pour mère et fils. L’été bat son plein, leur amour semble à son apogée et soudain Hanna disparaît, sans explication.

Dans la seconde partie du roman, on retrouve Michael, étudiant en droit. Meurtri par la disparition d’Hanna, par son évanescence arbitraire il se montre fermé, voire cynique envers son entourage. Lors d’un séminaire de droit, il assiste au procès de cinq femmes, anciennes gardes de camp de concentration, accusées de crimes. Parmi ces femmes se trouve Hanna, dont on apprend enfin le passé. Née en 1922, elle travaille à Siemens à Berlin puis rejoint de son plein gré les SS en 1943. Elle est garde à Auschwitz avant de passer dans un camp plus petit près de Krakau. Dans ce camp les prisonnières travaillent, mais chaque mois soixante d’entre elles, les plus faibles, sont sélectionnées pour Auschwitz où une mort certaine les attend. La selection est faite par les gardes, ce qui constituera le premier chef d’accusation du procès. Le second, encore plus choquant, est lié à la fuite du camp en 1945, quand une nuit l’église dans laquelle dormaient les prisonnières, prit feu et que les gardes refusèrent d’ouvrir les portes, les condamnant ainsi à mourir brûlées ou asphyxiées. Un rapport est écrit, retrouvé dans les papiers des SS après la guerre. Il sert de base au procès ainsi que la déposition d’une des deux seules survivantes de l’église.
Accusée par les autres gardes d’avoir rédigé le rapport, Hanna s’enlise dans de vagues explications où le devoir d’obéissance aveugle, d’ordre à tout prix, semble avoir supplanté pensée et jugement moral. Elle avance des arguments fallacieux, prend à témoin le juge lui demandant ce qu’il aurait fait à sa place se montrant dans toute la naïveté de sa cruauté encore plus coupable, froide et perverse. On apprend enfin qu’elle protégeait certaines détenues et qu’elle les faisait lire pour elle le soir, avant de les laisser partir ensuite lors d’une prochaine sélection pour Auschwitz. S’agissait-il d’un acte altruiste pour épargner quelque temps de futures victimes condamnées à la mort quoiqu’elle fasse? Ou bien plutôt de déviance et peut-être d’abus sexuel ?
Les semaines de procès passent. Pour trancher les responsabilités liées à l’incendie de l’église le juge propose finalement un examen graphologique de l’écriture des cinq gardes afin de déterminer celle qui a écrit le rapport et donc dirigé le groupe. Prise de panique et voulant à tout prix éviter qu’on lui demande d’écrire, Hanna s’accuse et scelle son sort. Elle est condamnée à perpétuité.
Michael assiste à toutes les séances du procès, et sait qu’Hanna l’a reconnu dans la salle du tribunal. Avec effroi il découvre que d’autres lui servaient de liseurs ou liseuses et réalise enfin le mystère qu’Hanna cherche tant à cacher, celui de son analphabétisme. Hanna ne sait ni lire, ni écrire, a fui Siemens pour cette raison, fui ensuite la petite ville dans laquelle on voulait la promouvoir au rang de conductrice de tramway, a fui enfin vers la prison plutôt que d’avouer son illetrisme.

Dans la troisième et dernière partie du roman, Michael est professeur d’histoire du droit, marié et père d’une fille, il divorce bientôt car aucune femme après Hanna ne semble la bonne «  Ich hatte das Gefühl, dass es nich stimmt, dass sie nicht stimmt, dass sie sich falsch anfasst und anfühlt, dass sie falsch riecht und schmeckt. » Les prénoms défilent, sans consistance, chacun associé à un métier pour mieux les définir, faute de mieux. Seul, il reprend ses lectures à haute voix, celles de Schnitzler, Fontane, Mörike ; il s’enregistre et envoie les cassettes sans autre mot à Hanna. Quatre ans plus tard et à raison de colis réguliers, il reçoit une note tracée d’une écriture gauche, le remerciant pour les cassettes. D’autres suivront, concises, commentant brièvement les livres choisis, en réclamant d’autres. Le nouveau rituel, initié cette fois par Michael, dure dix ans ; puis une lettre envoyée par la directrice de la prison lui annonce la sortie prochaine d’Hanna, libérée pour bonne conduite. Michael organise un appartement, lui trouve un travail, et finalement sur les instances de la directrice de la prison lui rend visite quelques jours avant sa sortie. Une vieille femme, alourdie par les années, dont seule la voix a gardé la jeunesse, lui fait face. Le dialogue est maladroit, n’aboutit pas et le jour convenu, Hanna se suicide, ne laissant de nouveau aucune explication pour son acte, juste la demande de remettre l’argent contenu dans une boîte en métal à la jeune prisonnière du camp qui avait survécu à l’incendie de l’église. Michael retrouve cette femme à New York et lui remet l’offrande dont elle ne prend que la boîte comme souvenir, refusant d’accepter l’argent – ce qui à ses yeux, équivaudrait à pardonner à Hanna. L’argent est donc remise à l’association juive contre l’analphabétisme.
C’est avec la lettre de remerciement pour la donation faite au nom d’Hanna Schmitz que Michael va pour la première et dernière fois se recueillir sur la tombe d’Hanna.

Le roman couvre plus de trente ans d’histoire et est bâti en trois parties assez régulières, faites de chapitres courts et de phrases brèves, voire tranchantes  « Ich sah Hanna im Gerichtssaal wieder », ou bien  « Hanna bekam lebenslänglich » ou enfin « Am nächster Morgen war Hanna tot ». Il tourne autour de l’obsession : l’obsession amoureuse, celle du passé, celle aussi des manques à combler voire à cacher.

Schlink, juriste lui-même, né à un an près comme son personnage Michael Berg, soulève de nombreuses questions sans vraiment proposer de réponse nette. Tout est complexe, à facettes et perçu différemment selon l’angle choisi. Il s’interroge sur le devoir et le travail de mémoire, sur celui plus vaste encore de la culpabilité et de la honte. Où se trouve la vérité ? Le concept est-il pluriel ? Comment délimiter de façon claire et certaine la frontière du bien et du mal? Où s’arrête la responsabilité, la liberté et la dignité de chaque être humain ? Enfin, comment l’horreur peut-elle être ravalée à la banalité ? A cette banalité de l’horreur qu’Anna Arendt souligne dans ses réflexions lors du procès d’Eichmann (Eichmann in Jerusalem): « Das Bunruhigende and der Person Eichmanns war doch gerade, dass er war wie viele (…) erschreckend normal (…) Diese Normalität war viel erschreckender als all die Greuel zusammen »

Ni sympathique, ni totalement antipathique, avant tout banal et médiocre, le personnage d’Hanna nage dans le mystère et le trouble. Elle est souvent glaciale et inaccessible, faite d’une force brute qui angoisse. Tentaculaire, manipulatrice elle semble néanmoins aussi la proie de sa propre névrose, d’une vulnérabilité qui ne trouve de salut que dans l’isolement et la violence. Les livres, l’espace littéraire qu’ils offrent, lui apportent alors l’ouverture au monde. Elle vit au travers du liseur, accède ainsi au langage et à la communication. Car l’échange entre Hanna et Michael se fait par deux médiums, celui des livres lus et des caresses échangées. La littérature est en quelque sorte ce qui scelle leur amour – la passion physique devenant indissociable de l’acte de lecture, en étant l’aboutissement. Des années plus tard, Michael n’arrivera encore à communiquer avec Hanna qu’à travers la lecture « Das Vorlesen war meine Art, zu ihr, mit ihr zu sprechen »,  Il lui lira des œuvres d’auteurs connus ou bien ses propres écrits.
Les mots lus remplacent ceux qu’on ne peut dire et masquent surtout l’impossibilité de communiquer (Sprachlosigkeit).

Emotionnellement dépendant à l’égard d’Hanna, Michael, se fait violence, accepte toutes les règles qu’elle lui dicte. Et quand une querelle éclate, il se montre prêt à s’accuser de tous les torts plutôt que de supporter l’idée de perdre l’amante, la mère, la tutrice. Hanna est son mentor, celle qui lui ouvre la voie, et permet à l’adolescent mal dans sa peau de changer de chrysalide pour devenir un homme adulte.
En revanche si c’est elle qui l’initie au plaisir sexuel et au sentiment amoureux, ce sera Michael plus tard qui deviendra le tuteur, le guide. Il lui donnera accès au monde et au savoir en lui apprenant à lire par le biais des cassettes enregistrées. Car dans sa cellule, Hanna écoutera chaque cassette et reconstituera avec patience, le livre en main, chaque phrase, chaque mot.

Dans le roman, aucun rôle n’est définitivement arrêté et les rapports de force changent. Ainsi la relation victime-bourreau n’échappe pas à cette notion de possible interchangeabilité et les limites séparant les deux concepts pourtant antithétiques sont parfois difficiles à cerner. Blanc-noir, difficile de trancher.

La fin est abrupte, Hanna se suicide et laisse liseur et lecteur dans l’interrogation du départ. Doit-on y voir une prise de conscience tardive face à un passé trop lourd, les remords acquis après la lecture de livres sur l’holocauste, une peur de l’avenir, un constat d’échec ou une simple fatigue de la vie?

Der Vorleser est un roman, court et facile à lire. Il soulève cependant des questions complexes sur l’appréhension de l’histoire ainsi que la psychologie et les relations humaines. Quant au film, tiré du livre, il sait montrer avec justesse toute l’ambiguïté sur laquelle repose le roman.

Image83.665 visites comptabilisées sur l’ancienne plateforme de Sur un livre perchée, si j’en crois les statistiques de blogspot. Qui oserait encore soutenir que la réflexion et l’écriture littéraires n’ont au quotidien pas ou plus de public ? Un chiffre qui ne signifie que cela mais qui cependant met du baume au cœur et vaut bien une fleur.

Je ferme aujourd’hui blogspot en remerciant au passage tous mes lecteurs de leur intérêt, leurs commentaires parfois car je continue à neuf, depuis quelques mois, sur wordpress (et toujours Sur un livre perchée puisque l’altitude permet de mieux voir, ou si comme Perec j’ose me citer de «se donner les moyens de découvrir le monde sous une perspective différente, de pouvoir survoler afin de mieux circonscrire»).

La pâte dans ce nouveau moule avec ces quelques milliers de visites ne commence qu’à lever, mais le désir comme l’appétit de pétrir les mots reste le même.

Bonne lecture et merci.

Dessin de ce billet de Laurent Konan Houphoue

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Je l’ai cherché mais ne l’ai pas trouvé, ici aucun fleuriste n’avait prévu. Je me l’offre donc, ainsi qu’à mes lecteurs, virtuellement.

Je ne sais pas s’il porte vraiment bonheur, mais je sais que son parfum est entêtant, ses clochettes délicates et pures ; qu’il symbolise les premiers beaux jours de l’année et que sa vitalité à survivre, s’étaler, se propager contraste avec son apparente fragilité.

Une cascade de bulbes blanches glisse le long d’une tige légère, elle-même insérée dans un écrin de feuilles vertes et dures, car un brin de muguet vient toujours accompagné et bien entouré, il n’est jamais seul.

Lily of the valley pour les uns, Maiglöckchen pour d’autres, il en a inspiré plusieurs. Je me contenterai de reprendre dans le texte et pour le plaisir de l’entendre le poème d’Eichendorff.

Maiglöckchen

Läuten kaum die Maienglocken,
leise durch den lauen Wind,
hebt ein Knabe froh erschrocken,
aus dem Grase sich geschwind.
Schüttelt in den Blütenflocken,
seine feinen blonden Locken,

Und nun wehen Lerchenlieder
und es schlägt die Nachtigall,
von den Bergen rauschend wieder
kommt der kühle Wasserfall.
Rings im Walde bunt Gefieder,
Frühling ist es wieder
und ein Jauchzen überall.

ImageUn nouveau concert privé d’Isabelle Olivier et la beauté d’assister à la création de son opéra jazz et harpe, intitulé « Don’t worry, be haRpy ».

Environ vingt-cinq minutes de plus que lors du dernier concert auquel j’assistais, et une œuvre qui s’étoffe, devient de plus en plus riche. S’il est un son possible à tirer de l’instrument, Isabelle l’a trouvé. Elle explore, les cordes, l’ossature de la harpe, joue des pédales, de l’inclination de l’instrument, des résonances, et ne craint pas d’employer d’autres éléments ou objets pour augmenter les possibilités, faire jaillir du néant sa composition. Le baron perché passe d’une branche à l’autre et tous les oiseaux pépient, accompagnent de leurs chants les bruits de la forêt de Ligurie.

Quelques morceaux de papier, insérés entre les cordes, donnent aux notes un accent métallique, une petite manivelle – sorte de tire bouchon à l’embout en acier, augmente les vibrations sonores, des gouttelettes d’eau au bout des doigts créent à s’y méprendre les vocalises des mésanges, des étourneaux ou des fauvettes.

Les notes pleuvent, joyeuses ou tristes, fortes ou douces; et la petite phrase musicale revient, ponctue le morceau et capte le spectateur qui chaque fois la retrouve, la suit, attend sa disparition puis son retour, ravi.

Le projet sera en ligne prochainement sur « kickstarter », pour une période d’un mois pendant laquelle tous ceux qui veulent voir ce beau projet d’opéra éclore, peuvent contribuer en apportant leur soutien financier.

A la harpe viendront alors s’ajouter d’autres instruments, d’autres musiciens…..bien plus à suivre….et d’ici là,  http://www.isabelleolivier.com.

ImageAvide à vide
En dur endure

Les échos se répercutent

Emois et moi
Délire de lire

Multiples ;

A Dieu adieu
Encore en cœur

Les sons résonnent, se déforment

Essence et sens
Design de signes

En un chassé-croisé de notes

Amère à mer
Envers en verre

Où les mots rebondissent,

Halo à l’eau
Enfer en fer

Sans réponse.

Emaux et maux
Décris de cris

Je parle en silence
J’écris.